Chamaladindong

KHARCHACH
Lamia
Université Mohammed V-Agdal
Rabat, Maroc

Chamaladindong a longtemps été son pseudonyme sur internet. On l’appelait même ainsi dans la rue. Il habitait Paris. Il était jeune et dépendant d’un monde virtuel où la technologie était envahissante. Une soudaine envie de changement l’avait poussé à tout laisser tomber et aller à la découverte du sud. Être pécheur et suivre les traces de ses ancêtres était son rêve. Une fois à Marseille, la vie au grand air et la passion de naviguer enchantaient ses journées. Depuis quelque temps déjà il se conformait à un rite assimilé lors de son escapade au Sénégal. Il se réveillait de bonne heure, se prélassait au soleil et s’abandonnait à des danses aux rythmes africains. Il appréciait particulièrement de prendre son petit déjeuner copieux sur le port. Il avait l’habitude de prendre le large et d’aller à la découverte des eaux douces. Pourtant cette fois, en plus de la dérive de son bateau qui s’était retrouvé en épave, une alerte météo l’empêchait d’assouvir son envie d’expédition à la Christophe Colomb. Jeune homme hilare, sociable de nature et très spontanée, il faisait rire tout le monde et on l’appréciait beaucoup. Il s’appelait Charles, il avait vingt-cinq ans et Chamaladindong lui allait comme un gant. Ce pseudonyme très spécial faisait désormais partie du jargon des pécheurs. Sur son bateau luisant au soleil doré de Marseille, il avait les airs d’un grand pirate prêt à parcourir les eaux.

La tempête avait duré trois jours. Trois jours sans naviguer. Chamaladindong se sentait dépossédé. « Après le mauvais temps vient le beau temps » se disait-il. Justement il commençait à faire très beau. Le soleil brillait de mille feux, le vent frais de Marseille se faisait sentir et le bleu chatoyant du ciel donnait envie de s’abandonner à une longue journée en mer. Larguer les amarres, hisser les voiles, cap sur l’île de Riou au large du Massif des Calanques. Depuis son plus jeune âge, Charles rêvait de découvrir cette île. On racontait que chaque marin qui osait s’aventurer sur cette île s’y retrouvait prisonnier pour toujours . Et si jamais il s’en échappait, son âme serait transformée pour l’éternité. Seul sur son bateau, Chamaladindong s’exaltait devant ce paysage inouï. L’eau était tellement claire que le soleil y miroitait. La tête haute, le dos bien droit et le regard inébranlable, Charles se dressait sur la proue de son bateau. Il contemplait scrupuleusement toutes ces îles qui émergeaient devant lui. Au loin, l’île de Riou. Un nuage rose survolait au-dessus de cet archipel. Des éclairs se faisaient entendre, pourtant il ne semblait pas pleuvoir à terre. Riou était à quelques mètres. Derrière ses airs d’Olivier Levasseur, Charles paniquait à l’idée d’être prisonnier de cette île. Il commençait à faire froid. Charles s’apprêtait à accoster, il s’approchait bord à bord. Le bateau semblait de plus en plus lourd comme s’il trainait quelque chose. Chamaladindong se dirigeait vers la poupe quand il entendit un bruit bizarre, il se précipita et se pencha en avant… Elle était là, tout comme dans son rêve. Et c’est à ce moment qu’il se mit à tomber des hallebardes.