Requiem

YAJJOU
Mounir
Université Ibn Tofail, Kénitra, Maroc

Gisant là, par terre, à mes pieds, il rendait l’âme. Un fin fil de fumée blanche remontait doucement de son extrémité calcinée et répandait une odeur fétide et suffocante. Je buvais mon café en feignant de l’ignorer. Mais, instinctivement, je baissais à nouveau mon regard, curieux, d’assister à son dernier soupir.

Jaune, pâle, calciné, à chaque souffle d’air, une lueur rouge vive renaissait et donnait un signe de semblant de vie. Personne ne semblait lui prêter attention, sauf moi. Je le regardais agoniser silencieusement. Je lui chantais, muet, un requiem auquel il était sourd. Il rétrécissait au fil des minutes. Son teint blanc jaunâtre rongé par la noirceur s’effritait en cendres, balayées par les courants d’air. Mon café était presque fini. Je regardais l’heure : dix heures passées ! J’hésitais à partir.

Je le regardais une dernière fois : il n’en restait plus qu’un cylindre jaunâtre qui a cessé de se consumer. Un petit monticule de cendres s’est amassé sur son flanc, bientôt envolé avec un autre souffle d’air des va-et-vient incessants des clients. Je payais mon café et m’apprêtais à partir. Un dernier regard sur le mourant. Je baissais les yeux à mes pieds. Il n’était plus là ! A sa place, une tâche noirâtre. Le mégot avait disparu. Probablement collé à la semelle du garçon. Paix à son âme !