Histoire d’une vie, douleur d’un peuple

BESSAIH
Amel
Université M’hamed Bougara Boumerdes, Algérie

Chers lecteurs, après avoir lu le roman « Ce que le jour doit à la nuit » de Yasmina Khadra, j’ai tout de suite craqué pour cette histoire. Ce roman-fleuve vibrant et lumineux, sur fond de guerre d’indépendance dans l’atmosphère mystique et sévère de l’Algérie.

Ce n’est pas un roman historique, ni un roman d’amour, il établit une magnifique confluence entre les deux genres et donne à tous ces personnages une touche de vérité et d’humanité qui éveille toujours l’intérêt pour leurs destinées respectives.

Tout au long des 438 pages qui composent ce roman, j’ai suivi avec plaisir les aventures de Younes-Jonas, ce petit garçon qui, peu à peu, grandit entouré d’une famille qui l’aime et d’une bande de copains à toute épreuve ! Mais l’amitié, aussi grande et belle qu’elle soit, résiste-t-elle à l’amour ? et lorsque l’amour est le plus fort, quel choix peut-on faire ? et lorsque l’histoire se met en marche, quelle identité Younes-Jonas prendra-t-il : de Jonas ou de Younes, laquelle aura sa préférence ? d’ailleurs, le choix est-il obligatoire ? et des choix effectués, la vie en découlera...

Yasmina Khadra nous révèle un pan de l’histoire d’un pays : l’Algérie. Le roman débute dans les années 1930 alors que Younes n’est qu’un tout jeune garçon de neuf ans. Son père, paysan ruiné, perd ses terres ancestrales et doit se rendre en ville, où seul le bidonville l’attend. Accablé, l’homme doit se résoudre à confier son enfant à son frère, un pharmacien parfaitement intégré à la communauté pied-noir d’une petite ville de l’Oranais.

Le jeune Younes rebaptisé Jonas, découvre parmi de jeunes colons les joies de l’existence et partage leurs rêves d’adolescents privilégiés que ni la seconde guerre mondiale, ni les convulsions d’un nationalisme arabe en pleine expansion ne perturbent. Jusqu’au jour où revient, Émilie, une jeune fille splendide qui va devenir la vestale de ces jeunes gens.

Ce roman nous conte avec merveille les déboires de l’amour, la force de l’amitié, de la religion et des traditions aussi. C’est une vie de souffrance que celle de Younes, qui, à force de ne vouloir blesser personne, doit porter lui-même la souffrance qu’il ne veut pas engendrer, parfois même jusqu’à l’oubli de soi-même.

Younes alias Jonas est un personnage très beau et bien construit. Khadra semble avoir mis en lui et en son histoire tous les déboires et les merveilles de l’Algérie : la beauté, le charme, l’envie de s’en sortir mais aussi la détresse, l’angoisse, la tradition.

Je vous recommande cette lecture sans aucune hésitation ! C’est un livre magnifique et un auteur qui nous embarque dans ses histoires d’une manière très poétique dont la tristesse et amour impossible se mêlent dans ce roman merveilleusement bien ficelé. Un livre dont le romantisme adoucit la noirceur, sans jamais l’effacer tout à fait.

Pour conclure, je ne peux m’empêcher de vous mettre un extrait émouvant de ce livre : « Celui qui passe à côté de la plus belle histoire de sa vie n’aura que l’âge de ses regrets et tous les soupirs du monde ne sauraient bercer son âme ».