Édito n°2

Avertissement aux lecteurs (et aux auteurs)

La création

Une plume d’oie trempée dans un vieil encrier d’argent. Le bruit de la plume glissant sur le papier blanc, tantôt légère tantôt violente. Et des mots qui surgissent, des êtres et des choses qui prennent vie, un regard qui se dessine, et une larme ou un sourire. Une mansarde à peine éclairée par la flamme d’une bougie qui projette des ombres partout dans la pièce. Des fantômes dans le noir de la nuit. Un jeune homme, le visage tourmenté, son bras posé sur la table, de sa main appuyant la tête qui s’incline sur la feuille, les cheveux en désordre. Des cernes d’un gris bleuâtre autour des yeux. De temps en temps, sa main froisse une feuille à peine écrite et la jette par terre. Et la plume d’oie plonge à nouveau dans l’encrier et poursuit sa peine.

Chers étudiants, Vous reconnaissez-vous dans cette image d’un écrivain en plein labeur ? Identifiez-vous ce geste, cette courbure du corps, ce mal de la création ? Vous allumez votre ordinateur, une musique sort des écouteurs que vous avez enfoncés dans vos oreilles, autour de vous la vie de ceux qui parlent et gesticulent. C’est le début de l’après-midi, ou peut-être que le soir tombe sur la ville, vous commandez un café au garçon qui circule entre les tables de la terrasse où vous vous êtes attablé. Rien ne semble vous rapprocher de l’écrivain d’autrefois. Ni le temps, ni l’espace, ni les circonstances, ni les mots. Et pourtant, n’est-ce pas le même élan, la même pulsion, la même irrépressible envie de dire, de se dire, de nous dire ce qui vous habite, vous travaille, vous consomme ? Comme une fatalité. N’y résistez pas. Laissez-vous porter par cette force en vous qui vous fera vivre et vous apportera la joie suprême de la création !

Cristina Robalo-Cordeiro, Directrice AUF-Bureau Maghreb