Apologie de la littérature

BENDJABALLAH
Intissar
Université de Constantine 1
Algérie

« Pourquoi as-tu choisi la littérature comme spécialité ? C’est bizarre et inutile, le monde a besoin de mathématiciens, de médecins, de physiciens, pas de romanciers... »
En réaction à cette question, qu’on m’a très souvent posée, un long soupir me vient, suivi d’un sourire qui m’accompagne le temps d’un rêve ; le rêve ! Telle est ma réponse.
La littérature est un monde sans limites ni frontières. Le livre nous transporte, il chatouille nos sens, apporte une fraîcheur à notre réalité, il ressuscite le monde de notre enfance : celui des princes valeureux et des rois légendaires, celui des aventuriers, des braves et des rêveurs. On visite l’Inde et ses belles couleurs, on conquiert l’Amérique et on abolit le mal et les malheurs. La littérature nous arrache à notre vie et nous conduit à travers les plis de ses pages aux forêts vierges et aux palais d’Espagne, pour vivre les plus belles histoires d’amour, de justice et de liberté.
Quand on ouvre une œuvre littéraire, on ouvre un trésor, un objet d’art soigneusement fait et passionnément conçu ; les mots inscrits sur les pages sont la carte, mais il faut savoir la lire, il faut savoir décoder le sens caché des mots pour découvrir ce trésor.
La littérature n’est pas un simple bavardage reproduit sur un papier, elle est la clé de notre destinée. Un livre a le pouvoir d’éduquer les sociétés. Il les analyse, les dévoile et dénonce leurs maux. Si on est attentif, on trouve dans chaque œuvre toutes les dimensions de l’existence humaine : le social, le culturel, le politique, le religieux et le psychologique. Nous assistons dans l’œuvre de ZOLA ou de BOUJEDRA à une véritable mise à nu des sociétés : il y est fait état de l’injustice sociale, de l’hypocrisie religieuse, de tout ce contre quoi il faut s’indigner, aujourd’hui comme hier : les romanciers sont nos plus grands éducateurs.
La littérature est liberté, liberté de penser, de vivre, d’imaginer. C’est un univers où chacun a tout loisir de bâtir ou de démolir. L’œuvre littéraire ne se plie à aucune règle externe, elle ne se conforme qu’à la loi de l’auteur et du lecteur, eux seuls sont maîtres ; maîtres des personnages, maîtres de vivre leurs amours, leurs déceptions, leurs envies ou leurs espérances. La littérature n’obéit qu’à un seul principe : la beauté, une beauté qui caresse l’oreille, remplit le cœur, élève l’esprit. Seule la beauté nous libère.