Édito n°3

"On ne travaille pas – on écoute – on attend,
C’est comme un inconnu qui vous parle à voix basse"


C’est Alfred de Musset qui ainsi évoque cette voix inconnue qui s’approche de l’oreille du poète pour l’éveiller à un autre monde caché de lui quand, collé au réel, il ne voit que la surface des choses qui l’entourent. Car quelque chose existe, derrière, au-delà, à côté, qu’un voile plus ou moins léger, plus ou moins épais préserve de la médiocrité et de l’usure. Le poète, le romancier, le créateur de mots et de mondes est celui qui sait écouter cette voix du dedans, urgente et pressante, cette voix inconnue et inspiratrice. Et l’homme inspiré n’est qu’un médiateur, un médium, qui fait de l’œuvre littéraire le lieu suprême où parle l’absolu !
L’état poétique, c’est déjà de la poésie même avant l’écriture. Préparons les cœurs à accueillir cet état, comme le croyant se prépare à la prière, par le recueillement et la purification. Acceptons en nous le mystère de la création qui nous élèvera au-dessus de nos limites. Recevons cet “autre en moi” qui ouvre la voie à notre propre dépassement.
N’ayons pas peur des mots et des images qui viennent à nous comme un cadeau divin !

Cristina Robalo-Cordeiro, Directrice du Bureau Maghreb de l’AUF
Le 1er janvier 2015