Le statut du français au Maroc

CHOUKRI
Hosnia
Université Ibn Tofaïl, Kénitra
Maroc

S’interroger sur le statut du français au Maroc demeure un débat de l’actualité. C’est le souci majeur de plusieurs responsables et politiciens, voire de tout le peuple marocain, notamment après la politique de l’arabisation de certaines disciplines de l’enseignement.

En effet, tout le monde s’interroge sur l’avenir de cette langue au Maroc. Vivons-nous une régression du niveau de la langue française dans nos institutions et nos établissements scolaires ? A quelle place peut-on positionner cette langue au sein de la communauté linguistique marocaine ?

Pour apporter des éléments de réponse à ces interrogations, nous allons, dans un premier temps, nous interroger sur l’employabilité du français au Maroc, notamment dans le système éducatif marocain, et dans un second temps, traiter le statut du français par rapport aux autres langues en présence, en discutant bien évidemment les concepts : langue seconde, langue étrangère.

Le français est une partie intégrante du paysage linguistique du Maroc. C’est un héritage important de l’époque coloniale. A cette époque, le français était proclamé langue officielle du pays : maternelle pour les colons et secondaire pour le peuple marocain. Mais au lendemain de l’indépendance, le français perdit ses privilèges et son statut de langue officielle.

En effet, après le départ des colonisateurs en 1956, une sensibilité remarquable se manifesta à l’égard de la langue française, puisque celle-ci représente toujours pour la majorité du peuple marocain un souvenir amer d’une période chaotique de l’Histoire du pays.

Faut-il considérer, alors, le français une langue seconde ou alors une simple langue étrangère ? Peut-elle réellement menacer la langue arabe ? Ou coexister avec elle sans aucune menace ?

Avant d’apporter une réflexion à cette problématique et à ses questions annexes, définissons d’abord les concepts : langue étrangère, langue seconde.

On entend par « langue étrangère », la langue qui n’est pas la langue maternelle des membres de la communauté linguistique. Pour la maîtriser, il faudrait l’apprendre par la voie scolaire ou à travers des cours ou des formations. Il s’agit donc d’une simple langue enseignée au sein d’un programme et non pas une langue d’enseignement.

Quant au concept « langue seconde », il désigne la langue la plus importante après la langue maternelle. C’est une langue véhiculaire dans divers secteurs à savoir : l’économie, le tourisme, les institutions administratives, les multimédias et autres. Elle se distingue par ses valeurs statutaires socialement et juridiquement, et par le degré élevé d’appropriation par les membres de la communauté. Il s’agit, ainsi, à la fois d’une langue de communication et d’une langue de scolarisation. Elle est à la fois objet et outil d’apprentissage.

À partir de ces deux définitions, et à travers la situation du français au Maroc telle que nous l’observons dans la société marocaine, nous pouvons dire que le statut du français au Maroc demeure remarquablement problématique : d’une part, il s’agit d’une langue véhiculaire dans plusieurs domaines : l’économie, le tourisme, les administrations et même dans la vie quotidienne et d’autre part, c’est une simple langue enseignée et non pas une langue d’enseignement, vu l’arabisation du secteur de l’enseignement.

Cette situation est le résultat évident d’une opposition entre un héritage, une réalité langagière incontournable et entre un choix politique : le français est tantôt une langue étrangère jouissant d’un statut particulier, tantôt une langue de communication, privilégiée et véhiculaire dans plusieurs domaines.
En outre, le français et son usage n’est mentionné officiellement dans aucun article de la nouvelle constitution.

Ce statut ambivalent du français au Maroc se répercute négativement sur la qualité de son enseignement/apprentissage. Les concepteurs des programmes se trouvent embarrassés : quel type de programme devraient-ils conceptualiser pour l’enseignement du français ? Est-ce un programme d’un Français Langue Étrangère (FLE) ou un programme d’un Français Langue Seconde (FLS) ?

Par ailleurs, ces dernières décennies, une chose commence à inquiéter les pédagogues de la matière : c’est la baisse vertigineuse du niveau de français, malgré les différentes réformes adoptées par le ministère de tutelle. Ils s’interrogent, en effet, sur les causes de cette régression en réfléchissant à l’avenir de l’enseignement/apprentissage de cette langue dans les établissements publics marocains.

D’après notre modeste expérience dans le domaine de l’enseignement, nous pouvons rapporter les principales causes de cette dégradation aux facteurs suivants :

- l’arabisation irréfléchie, voire hâtive, de quelques disciplines, notamment les disciplines scientifiques ;

- le volume horaire réservé à l’enseignement du français aussi bien au cycle primaire qu’au cycle collégial est insuffisant ;

- la formation des enseignants n’est pas à la hauteur des enjeux ;

et bien évidemment, le statut ambigu de la langue française au Maroc, et par conséquent, l’absence d’une politique linguistique rationnelle et raisonnée.

À la lumière de toutes ces données, nous pouvons confirmer que le statut du français au Maroc est remarquablement ambigu voire problématique. Cependant, même si le français a perdu beaucoup de ses privilèges, il demeure en dépit de toutes les secousses identitaires, politiques et idéologiques, une langue véhiculaire et un instrument du savoir scientifique et technique incontournable à côté de l’anglais. C’est une langue de la modernité et conférant un prestige social. Autrement dit, la langue française se maintient toujours dans la société marocaine. Elle est partout présente.